jeudi, décembre 25
auréole d'or
Je frôle ici l’entière exactitude de ce boulevard d’où débouchent d’autres artères moins fécondes de voitures grises et blanches. Leur fuite est, sans que le doute ne soit pour autant pleinement écarté, une preuve que la terre est ronde et que l’infini ne nous borde plus mais nous surplombe, de son astre clair. Brumeux sont les pas qui mènent au silence. Et le silence lui-même est une incomplétude que l’on chérit, toi et moi mon amour, puisque toujours les échos, en pagailles, disharmonie unifiées, arrivent à monter eux aussi les marches jusqu’à nous. Oh ! Comme nous sommes hypocrites. Il n’a pas suffit que les neurones débloquent, il a fallut se rappeler les causes, qui nous ont menées jusqu’ici et inventer des réseaux de significations livides. Tu as fait l’amour et je ne porte sur toi aucun jugement. J’aimerais seulement que ce paquet de mort en fumée tienne le rôle dont je l’ai affublé, soupirant consolant, inflexible, dur. J’aimerais qu’il tienne jusqu’à l’aube et au-delà, qu’il dure tout le temps qu’il me faudra pour dire cette inconstance mêlée d’une nécessité incompréhensible entre Lui et Moi.
La barrière était pourtant haute et infranchissable. Vous ferais-je l’affront d’accrocher mes mots au réel ? Serais je assez folle pour croire que vous pourrez comprendre la toile absurde qui se pare et se déchire sous vos yeux affables ? Il aura fallut que son absence pénètre dans mon jardin de lueurs et de leurres lactescents pour qu’il me doit enfin possible de dire : ici j’ai eu toute la peine du monde. A présent je ne peux que mourir de froid, pour de bon. A présent je ne peux qu’attendre des paroles que je n’espère même pas. Et cette attente me réchauffe, si vous saviez comme elle me réchauffe, comme elle me rend heureuse ! A dire vrai ces mots là me font peur, il sont trop usés. Ils me font si peur que je préfèrerais ne pas exister que de les entendre. Car je sais mes faiblesses et je sais que c’est Lui, et Lui seul qui tient cet amour là en suspend.
Il le tient à bout de bras, se retenant de l’étreindre.
Il le tient, immortel, au dessus des choses finies et palpables de ce monde.
mardi, décembre 23
Vous avez dit Hypnos?
Si nous, Hypnos, ne sommes pas aptes à donner la flamme à ce devoir, la feuille à cette branche, alors s’éteindra la lignée des jeunesses de l’Espoir. Alors l’héritage sera soufflé par la lente maladie de l’habitude.
Alors le monde ne sera plus qu’un animal mort, jonchant.
mercredi, décembre 10
Raphaël (1959-1984) (1990-)
Soufflé par une bourrasque un matin de printemps,
Dévasté par le choc, ses frères en pleurent encore.
Depuis, son image grave l’héritage du présent
Par le nom par le sang, non ton cœur n’est pas mort.
Dauphin de ton sourire, survivant du passé,
La volonté du père enflamme l’amour du fils,
Le poids devient devoir, feu de moralité.
Par respect et honneur, même si la mémoire glisse.
Bouclier de courage, art avant tout les tiens.
Toi. Fantôme et chimère, le héros disparu.
Ce jour prie ton souvenir comme celui de demain.
Tu fus humble au veston, mais prince de la rue.
Âmes liées par l’histoire, je te salue Raphaël.
dimanche, décembre 7
ineffable avancée
Petite, ne restes pas cramponnée à tes souvenirs,
Comme à cette poupée de tes plus belles années,
Vient un temps où la survie est dans l’avancée,
Il faut se faire violence et chaque jour sourire.
Perdue dans ta mélancolie, où tu rêvais,
Arrachées aux langueurs diurnes que tu savais,
Tu croyais que la chaleur des hiers te conforterait
Quand les demains seraient trop froids, mais tu te trompais.
Passé le passé, tourne-toi vers l’avenir,
Ne cherche pas à refaire mais à commencer.
C'est l'inconnu qu'il te faut maintenant embrasser.
Passé le passé, il faudra désormais s’affirmer et grandir,
Tuer ces illusions dans leur sommeil, mourir lentement pour avancer
Loin des douceurs de l’enfance, de l’amour aux ailes coupées.
Comme deux vaisseaux
La route peut être longue ici-bas, sur Terre,
Chemin, tantôt un instant, tantôt un moment.
Nous voici, humains, au port, un jour arrivant,
Recherchant son Attache, protégeant ses arrières.
Hasard est là, poussant deux personnes inconnues,
Perdues dans le flot des âmes, à s’entrechoquer,
Comme deux vaisseaux, à s’aimer, ne plus se quitter.
Voici le voyage : perdu, trouvé, mordu.
Je me souviens de ce jour, dirigée vers toi.
La couleur du ciel, le gout du soleil,
L’odeur de la nuit, que tu changes en je ne sais quoi.
Mais en vrai les hommes se rencontrent, s’arriment,
Liés par des cordes, dis-tu, par Hasard jetées.
Le chemin est cours, restons comme deux vaisseaux.
mercredi, décembre 3
Alors je fus mort
Croquons l'existence et laissons couler le long de nos commissures le sucre amer de son jus et sa pulpe acidulée dans le fond de nos gorges déployées vers le ciel,
toujours gris.