vendredi, septembre 11
Inexistence
samedi, septembre 5
Manifeste estival
lundi, avril 6

Lear parcourt la lande sous l’orage, accompagné de deux fous, le vrai et le faux.
Dans un effroi glacial, je réalise que peut-être je n’en sortirai pas vivant. Derrière moi, une voix enjouée, à la con, s’exclame: « Dis donc, mon vieux, on en ferait pousser par ici hein? », l’autre ajoute qu’il ne voit pas l’intérêt et que le sol est trop humide. Je les fais taire et retourne à mes pensées. Longtemps que je l’ai pas entendu, le fou, dire une remarque sensée. Il semble qu’il tienne la mesure depuis notre arrivée sur cette terre étrange. Autour de nous, tout est vide. Et plat. Sans relief, sans goût ni passion. Juste un rail, un rail de train qu’on suit à pied depuis deux heures maintenant que la vieille deuche nous a lâchés. Je farfouille dans ma poche et palpe le froid métal du Ruger P-39 dans la poche de mon imperméable. Lui ne me fera pas faux bond, ça, c’est sur au moins. Il reste trois balles, je les ai gardé pour au cas où on sortirait pas d’ici. Je vais au bout.
Le soir, la pluie s’estompe et le calme revient dans mon crâne. Les deux fous sont silencieux et respectent ma sérénité de vieux flic. Il n’y a plus qu’à attendre. Dans la nuit, une sensation étrange me réveille. Au loin, qui se rapproche, une lumière. Une voiture? Non plus gros, quelque chose comme un routier. Quelques instants après me parvient le bruit du moteur. Oubliant les deux fous, je trottine jusqu’à un faible renfoncement et me dissimule derrière un buisson. « Merde, le feu de camp! ». Le camion s’arrête à seulement une dizaine de mètres de sa cachette. Deux hommes descendent, des Albanais, à la façon dont ils parlent. Bousculant du bout du pied une bûche calcinée, le plus grand des deux s’assoit à même le sol et allume un cigare. L’autre glisse sa main dans la cabine par la fenêtre et attrape un sac militaire. Il glousse doucement et étale sur le sol des câbles, une boite en bois, du plastic et toute une mécanique destinée au détonateur. Il se dirige vers le rail et commence son affaire. L’autre le rejoint. C’est le moment, je m’en vais me les faire, ces salopards.
« Fais gaffe à toi, murmure le faux fou, ils ont surement armés. »
Il est encore là, lui? On dirait que les deux gars ne l’ont pas vu.
« Fonce, fonce, descends les. Ils le méritent. Ils sont impurs. Ces gars doivent aller mettre la merde en rayon en enfer. » rajoute l’autre. Il éclate d’un rire strident, saccadé, tranchant, du genre de rire qui fait sauter le crâne.
Je fais tomber mon imperméable, attrape le flingue et me redresse doucement. Il y a des mecs discrets, des silencieux et des propres. Moi, c’est pas mon truc. Je fais dans le sonore et le dégueulasse. Je ramasse la barre à mine trouvée plus tôt et coupe ma respiration. Se doutent de rien les cons. Le fou se marre. J’en dézingue un, un grand coup dans l’oreille qui l’étale sur le gravier. L’autre, stupéfait de trouver un condé dans cet enfer de rien, n’a pas le temps de saisir sa lame. Je lui colle deux balles dans la gueule. Je retourne vers l’autre et l’achève d’une bastos dans le bide.
C’est fini, les fous se taisent, maintenant. Ils montent dans la cabine et me regardent contourner le zinc. A l’arrière, pas grand-chose, du béton, deux ou trois barres d’acier et une bâche informe au fond.
C’est fini. Ils étaient trois et j’avais trois balles. Seulement, j’en avais plus pour le dernier. Il m’a éclaté la poitrine, je gis contre la roue du carrosse. Le mec me hurle dessus dans cette langue que je ne comprends pas. Les fous se marrent une dernière fois.
On était trois. Eux aussi.
Essai de style 2

Ecrivez la suite.
Et toi, lecteur, ignorant que tu es, sais-tu seulement ce qu’il en est ?
Lear parcourt la lande sous l’orage. Léar avance sous la pluie, les éclairs tonnent et parfois la lumière. Et Léar avance.
Mais Lear n’est pas seule car les deux fous sont là. Depuis déjà deux jours, les deux fous l’accompagnent. Lear ne sait même s’ils sont réellement fous, ou s’ils exercent un métier d’amuseur ou autre chose qui puisse les désigner comme fous. Leurs vêtements n’indiquent pas que ceux-là soient fous mais ils se sont présentés comme tels, il y a deux jours, alors qu’ils lui proposaient de l’accompagner sur le chemin. Deux fous, l’un vrai, l’autre faux, rien de plus. Elle ne sait même pas lequel est le vrai et lequel est le faux.
Et toi lecteur, ignorant que tu es, en sais-tu plus maintenant ?
Soudain, un éclair tout proche, une lumière aveuglante et ensuite, les oreilles qui sifflent. Et entretemps, le bruit, le tonnerre qui fracasse les oreilles, envahit l’esprit et fait disparaître le temps d’un chaos la monde autour. Mais ensuite, les oreilles qui sifflent et l’arbre qui brule. Lear se tourne vers ses compagnons, les interroge du regard, ne vaudrait-il pas mieux faire demi-tour. Mais le regard assuré que tous deux lui lancent n’admet pas de retour en arrière. Et puis à quoi bon, et où rentrer de toute façon ? Ils continuent, à la lisière maintenant de la forêt dans laquelle pourtant, ils n’osent pénétrer, menacés par la foudre attirée par la cime des hauts sapins.
Et toi lecteur, ignorant que tu es, que sais-tu sinon qu’ils marchent ? Crois-tu qu’enfin tu sauras ? Tu es bien le plus fou de tous.
La pluie redouble d’ardeur, le vent claquant dans les jambes de Lear la fait chanceler, marcher devient une torture, gémissante langueur d’un vent qui refuse de laisser les voyageurs avancer. Et enfin, Lear ne tient plus, le vent a gagné ainsi que la fatigue, l’abattement et la pluie, la jeune fille, vaincue, s’effondre. Ses deux compagnons, accourent, comme si le vent ne les touchait pas, comme si eux n’attendaient en fait que la faiblesse de leur guide pour l’emmener avec eux, plus vite, sans craindre le vent. Portant la jeune fille évanouie, ils pénètrent enfin dans la forêt, sans même se concerter, d’un commun accord décidé à l’avance.
Et toi lecteur, ignorant que tu es, frémis-tu alors que se passe l’histoire mais que tu ne sais rien. Il advient quelque chose auquel tu assistes et pourtant, tu ne sais pas, il y a un avant, il y aura un après, les sauras-tu jamais ?
Dans la forêt, les deux fous – le sont-ils seulement ? – s’orientent rapidement et se dirigent, toujours emportant avec eux la jeune fille évanoui, vers le centre. Le vent et l’orage, cachés par les arbres semblent lointains et sourds. Alors qu’ils s’enfoncent plus avant dans les arbres, le calme semble revenir, illusion de douceur couverte par la forêt. Enfin, ils arrivent à ce qui semble le but de leur marche, un grand arbre sur un roc et dans ce roc, une grotte. Sans s’arrêter un instant, ils pénètrent dans la grotte et bientôt, la lumière ne les y suit plus. Le premier fou, celui qui ne porte pas le corps, allume une torche sortie d’on ne sait où et la marche continue dans un boyau étroit ou l’air filtre tant bien que mal. Le calme, ici, règne en maître absolu et le silence est sourd. Toujours plus avant, le tunnel s’enfonce comme dans les profondeurs de la terre.
Et toi lecteur, ignorant que tu es, as-tu fini de t’interroger et vis-tu avec le texte cette descente aux enfers ?
À un moment – comment savoir alors jusqu’à quelle profondeur ils étaient descendus, combien de temps ils avaient marché ? – Lear s’éveille, toujours portée par l’un des fous. Tout d’abord, elle émerge lentement, s’interrogeant sur sa présence en un lieu si sombre et si étrange avant de remarquer qu’elle est emportée sans ménagement, telle un vulgaire paquet. Fort irritée de ce fait, elle s’écrie : « Voulez-vous bien me lâcher ?! » Et le fou la lâche. Cependant, les deux fous ne peuvent la laisser là après tout le chemin parcouru aussi arrêtent-ils un instant leur longue marche pour observer la jeune fille qui tache tant bien que mal de se relever. Finalement, elle y parvient et considère ses compagnons avec une sorte de frayeur étonnée et irritée à la fois. Alors qu’elle les interroge sur sa présence en ce lieu et les événements qui ont mené à cette présence, ils la considèrent sans répondre. Enfin, l’un des fous prend la parole.
Et toi lecteur, ignorant que tu es, tu penses peut-être pouvoir enfin savoir ce qu’il se passe et le sens de cette histoire que tu suis dans ses moindres détails depuis que tu l’as rejoint. Mais oublierais-tu que tu n’existes pas dans ce monde et qu’aucun des personnages ne parlera jamais pour toi. Tu n’es pas, lecteur, et pourtant tu vois. Mais tu ne sais rien, lecteur.
Le fou, loin de répondre aux questions de Lear, lui demande si elle peut marcher d’elle-même et, ayant reçu une réponse affirmative, il invite la jeune fille à se mettre en marche sans plus tarder. Devant le calme et l’assurance de son interlocuteur, Léar n’a d’autre choix que d’obéir et les trois voyageurs continuent leur descente vers ce qui semble se rapprocher de plus en plus du centre de la terre, bien qu’ils aient en fait encore une certaine distance à parcourir avant de s’en approcher réellement, dieu soit loué. Enfin, ils arrivent dans une pièce trop vaste pour être éclairée de toute la lueur de la torche du premier fou. Les fous continuent leur route vers le fond de la pièce, sans sembler vouloir s’arrêter, ne serait-ce qu’un instant. Finalement, un mur, et le chemin s’arrête, comme malgré lui. Sur le mur, Léar aperçoit une fresque, deux personnages peints et des couleurs passées par le temps. La torche posée dans un emplacement prévu à cet, les deux fous se tournent vers elle. Alors, l’un deux – lequel est-ce, on ne saurait dire car avec la faible lumière, leurs visages semblent identiques – prend la parole : « Jeune fille, te voilà devant nous, les deux fous. Un seul est le vrai cependant, lequel est-ce ? »
Et toi lecteur, ignorant que tu es, sais-tu qui est le vrai fou ? Sais-tu s’il est un vrai et un faux ou si seule la réponse de la jeune fille décidera de qui est le vrai ? Tu ne le sais pas, lecteur, mais ta route s’arrête ici. Laisse donc ces trois personnes à leur histoire et retourne à la tienne, tu ne sauras jamais ce qu’il en était de Lear et des deux fous, un vrai et un faux.
Par P.
Essai de style 1

Écrivez la suite.
Ne le voit-on pas, courbé, le cou raidit, courbaturé, comme agrippé par une ombre au devant de lui? N'avance t il pas, les mains tendues, dans ce noir immense où il marche seul, égaré? Lear se tait. Son angoisse redouble : salvifique et mantique ses prières se perdent dans la matérialité de son corps qui résonne de rage. Il appelle les dieux des profondeurs et des systèmes solaires. Un œil qui les observerait tous trois de loin verrait qu'ils n'avancent pas. Qu'il y a un homme et deux ombres, et le vent qui glisse sur sa pelisse, le vent qui hurle, mais eux, en vérité restent immobiles. Les fous rient de l'Illusion, aux éclats : celui qui croit aux arrières-mondes et l'hypocrite, qui n'y croit pas.
Il marchera, sans avancer, connaissant un peu plus la terre de visages blancs reflétés dans les flaques qui se changent en fleuves.
Il y a quelque chose
de flétrit
au royaume du Danemark.
vendredi, février 13
entraperçu de liberté
dimanche, janvier 18
j'aimerais que l'on se souvienne
que
cents mille milliard de poèmes
c'est un peu trop quand
on sait bien
que les petites filles perdent leurs mains
broyées dans les jeux dionysiaques.
à d'authentiques pixels il substitue sempiternellement des promesses
et mes amertumes
qu'il peut froisser dans ses poches quand la colère est trop forte,
pour empêcher la nausée sensitive.
la stigmate ombilicale partagée en signe d'union tendre hurle d'elle même:
tendresse
caresse.
le microprocesseur n'est pas une vérité humaine.
mercredi, janvier 7
9
Sous le sol glacé charriant tous ces cadavres
La visage d’une naïade sous les yeux des mortels,
La maladie consume les habitants du havre.
Autrefois de paix , maintenant Paradis,
La tiédeur des amours trop brièvement éteint
Fument encore au gibet de cette froide nuit
Où pour l’humanité le mystère s’accomplit
L’apparition d’une femme et la mort d‘un parfum.
Petite Fille
Je me rappelle que moi aussi je fus dans ce doux monde
Cette air qu’est la crédulité,
Cet espoir que le monde est un ami;
Une bout de nez naïf qui veut toujours dire oui.
Ce penchant à séduire, ce cœur si vagabond.
Profite de ces subsides, l’arôme de la fleur
Qui sent bon le pêché dans cette inconséquence.
Courage Enfant car le jour,
Où se blessera ta vision de l’amour,
La souffrance sera telle
Que dès lors ses séquelles
Te présente l’âge adulte,
Et puis qu’ainsi son culte
Altère ta personne
Dévoile le réel,
Et que ce jour-là sonne
Le Feu universel.