Je frôle l’entier du monde du bout des doigts, automate de langueurs. Je ne crisse pas les ongles contre les halos de fumée sous le verre translucide : je les ai absorbés, je suis au-delà. J’ai cessé de me battre contre la sphère transparente et suis entrée, fantôme dans les deux démentions des choses. J’ai translaté mes rêves du jour naissant à l’ombre rampante, de la nuit à l’aurore, pour renaître. Il est menteur celui qui dit vous aimez et nous pleurons, car il ne sait rien, lui, de la multitude. L’on prend plaisir à s’y noyer à la naissance du soir. Les phares éclairent les lignes blanches saccadées. Ils ont fait l’amour et plus j’y pense plus la fontaine d’eau, cachée à moitié sous le saule qui geint me semble irréelle. Ils ont fait l’amour, ici, au sixième étage d’une ville bleutée. Ils ont aimé pour voler au ciel, pour voler oh ! ciel, jusqu’à désespérer de leur pesanteur essentielle ! J’ai aimé moi aussi et les sanglots qui devaient panser ma plaie noire de poussière n’ont fait qu’attiser la chaleur qui déjà me mordait. Etant bien trop aventureuse, je me suis blessée, encore et encore, sans regrets. Ne dit-on pas qu’il y a quelque fierté à avoir vaincu la mort ?
Je frôle ici l’entière exactitude de ce boulevard d’où débouchent d’autres artères moins fécondes de voitures grises et blanches. Leur fuite est, sans que le doute ne soit pour autant pleinement écarté, une preuve que la terre est ronde et que l’infini ne nous borde plus mais nous surplombe, de son astre clair. Brumeux sont les pas qui mènent au silence. Et le silence lui-même est une incomplétude que l’on chérit, toi et moi mon amour, puisque toujours les échos, en pagailles, disharmonie unifiées, arrivent à monter eux aussi les marches jusqu’à nous. Oh ! Comme nous sommes hypocrites. Il n’a pas suffit que les neurones débloquent, il a fallut se rappeler les causes, qui nous ont menées jusqu’ici et inventer des réseaux de significations livides. Tu as fait l’amour et je ne porte sur toi aucun jugement. J’aimerais seulement que ce paquet de mort en fumée tienne le rôle dont je l’ai affublé, soupirant consolant, inflexible, dur. J’aimerais qu’il tienne jusqu’à l’aube et au-delà, qu’il dure tout le temps qu’il me faudra pour dire cette inconstance mêlée d’une nécessité incompréhensible entre Lui et Moi.
La barrière était pourtant haute et infranchissable. Vous ferais-je l’affront d’accrocher mes mots au réel ? Serais je assez folle pour croire que vous pourrez comprendre la toile absurde qui se pare et se déchire sous vos yeux affables ? Il aura fallut que son absence pénètre dans mon jardin de lueurs et de leurres lactescents pour qu’il me doit enfin possible de dire : ici j’ai eu toute la peine du monde. A présent je ne peux que mourir de froid, pour de bon. A présent je ne peux qu’attendre des paroles que je n’espère même pas. Et cette attente me réchauffe, si vous saviez comme elle me réchauffe, comme elle me rend heureuse ! A dire vrai ces mots là me font peur, il sont trop usés. Ils me font si peur que je préfèrerais ne pas exister que de les entendre. Car je sais mes faiblesses et je sais que c’est Lui, et Lui seul qui tient cet amour là en suspend.
Il le tient à bout de bras, se retenant de l’étreindre.
Il le tient, immortel, au dessus des choses finies et palpables de ce monde.
jeudi, décembre 25
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire