jeudi, décembre 25

auréole d'or

Je frôle l’entier du monde du bout des doigts, automate de langueurs. Je ne crisse pas les ongles contre les halos de fumée sous le verre translucide : je les ai absorbés, je suis au-delà. J’ai cessé de me battre contre la sphère transparente et suis entrée, fantôme dans les deux démentions des choses. J’ai translaté mes rêves du jour naissant à l’ombre rampante, de la nuit à l’aurore, pour renaître. Il est menteur celui qui dit vous aimez et nous pleurons, car il ne sait rien, lui, de la multitude. L’on prend plaisir à s’y noyer à la naissance du soir. Les phares éclairent les lignes blanches saccadées. Ils ont fait l’amour et plus j’y pense plus la fontaine d’eau, cachée à moitié sous le saule qui geint me semble irréelle. Ils ont fait l’amour, ici, au sixième étage d’une ville bleutée. Ils ont aimé pour voler au ciel, pour voler oh ! ciel, jusqu’à désespérer de leur pesanteur essentielle ! J’ai aimé moi aussi et les sanglots qui devaient panser ma plaie noire de poussière n’ont fait qu’attiser la chaleur qui déjà me mordait. Etant bien trop aventureuse, je me suis blessée, encore et encore, sans regrets. Ne dit-on pas qu’il y a quelque fierté à avoir vaincu la mort ?
Je frôle ici l’entière exactitude de ce boulevard d’où débouchent d’autres artères moins fécondes de voitures grises et blanches. Leur fuite est, sans que le doute ne soit pour autant pleinement écarté, une preuve que la terre est ronde et que l’infini ne nous borde plus mais nous surplombe, de son astre clair. Brumeux sont les pas qui mènent au silence. Et le silence lui-même est une incomplétude que l’on chérit, toi et moi mon amour, puisque toujours les échos, en pagailles, disharmonie unifiées, arrivent à monter eux aussi les marches jusqu’à nous. Oh ! Comme nous sommes hypocrites. Il n’a pas suffit que les neurones débloquent, il a fallut se rappeler les causes, qui nous ont menées jusqu’ici et inventer des réseaux de significations livides. Tu as fait l’amour et je ne porte sur toi aucun jugement. J’aimerais seulement que ce paquet de mort en fumée tienne le rôle dont je l’ai affublé, soupirant consolant, inflexible, dur. J’aimerais qu’il tienne jusqu’à l’aube et au-delà, qu’il dure tout le temps qu’il me faudra pour dire cette inconstance mêlée d’une nécessité incompréhensible entre Lui et Moi.
La barrière était pourtant haute et infranchissable. Vous ferais-je l’affront d’accrocher mes mots au réel ? Serais je assez folle pour croire que vous pourrez comprendre la toile absurde qui se pare et se déchire sous vos yeux affables ? Il aura fallut que son absence pénètre dans mon jardin de lueurs et de leurres lactescents pour qu’il me doit enfin possible de dire : ici j’ai eu toute la peine du monde. A présent je ne peux que mourir de froid, pour de bon. A présent je ne peux qu’attendre des paroles que je n’espère même pas. Et cette attente me réchauffe, si vous saviez comme elle me réchauffe, comme elle me rend heureuse ! A dire vrai ces mots là me font peur, il sont trop usés. Ils me font si peur que je préfèrerais ne pas exister que de les entendre. Car je sais mes faiblesses et je sais que c’est Lui, et Lui seul qui tient cet amour là en suspend.

Il le tient à bout de bras, se retenant de l’étreindre.
Il le tient, immortel, au dessus des choses finies et palpables de ce monde.

mardi, décembre 23

Vous avez dit Hypnos?

Ce denier que je livre ce soir n’est pas un cœur offert mais bel et bien l’intense prospection d’un jour nouveau. Ce qui se donne ne se reprend pas, ce que je pleure ne s’assèche pas, et les sourires de la foi sont éternels. Condescendant est celui qui agit par dépit et qui suit en pitié la souffrance de son prochain. De sorte que sa mort est autant méritée que la corde pour l’assassin. S’il se fait que, dès lors, par la peur du jugement, l’initiative se noie dans les décombres des spéculations chimériques des occasions indulgentes, alors la femme courage mourra, la fleur de l’honneur sera fanée, et tout entière, la vertu sera étranglée par les sporadiques vicissitudes velléitaires de la lâcheté atermoiemente et du ralliement de la foutaise à l’hypocrisie et au sophisme.

Si nous, Hypnos, ne sommes pas aptes à donner la flamme à ce devoir, la feuille à cette branche, alors s’éteindra la lignée des jeunesses de l’Espoir. Alors l’héritage sera soufflé par la lente maladie de l’habitude.

Alors le monde ne sera plus qu’un animal mort, jonchant.

mercredi, décembre 10

Raphaël (1959-1984) (1990-)

Toi, à jamais présent, qui sied au vaste ciel.

Soufflé par une bourrasque un matin de printemps,
Dévasté par le choc, ses frères en pleurent encore.
Depuis, son image grave l’héritage du présent
Par le nom par le sang, non ton cœur n’est pas mort.

Dauphin de ton sourire, survivant du passé,
La volonté du père enflamme l’amour du fils,
Le poids devient devoir, feu de moralité.
Par respect et honneur, même si la mémoire glisse.

Bouclier de courage, art avant tout les tiens.
Toi. Fantôme et chimère, le héros disparu.

Ce jour prie ton souvenir comme celui de demain.
Tu fus humble au veston, mais prince de la rue.

Âmes liées par l’histoire, je te salue Raphaël.


dimanche, décembre 7

ineffable avancée

Petite, ne restes pas cramponnée à tes souvenirs,
Comme à cette poupée de tes plus belles années,
Vient un temps où la survie est dans l’avancée,
Il faut se faire violence et chaque jour sourire.

Perdue dans ta mélancolie, où tu rêvais,
Arrachées aux langueurs diurnes que tu savais,
Tu croyais que la chaleur des hiers te conforterait
Quand les demains seraient trop froids, mais tu te trompais.

Passé le passé, tourne-toi vers l’avenir,
Ne cherche pas à refaire mais à commencer.
C'est l'inconnu qu'il te faut maintenant embrasser.

Passé le passé, il faudra désormais s’affirmer et grandir,
Tuer ces illusions dans leur sommeil, mourir lentement pour avancer
Loin des douceurs de l’enfance, de l’amour aux ailes coupées.

Comme deux vaisseaux

La route peut être longue ici-bas, sur Terre,
Chemin, tantôt un instant, tantôt un moment.
Nous voici, humains, au port, un jour arrivant,
Recherchant son Attache, protégeant ses arrières.

Hasard est là, poussant deux personnes inconnues,
Perdues dans le flot des âmes, à s’entrechoquer,
Comme deux vaisseaux, à s’aimer, ne plus se quitter.
Voici le voyage : perdu, trouvé, mordu.

Je me souviens de ce jour, dirigée vers toi.
La couleur du ciel, le gout du soleil,
L’odeur de la nuit, que tu changes en je ne sais quoi.

Mais en vrai les hommes se rencontrent, s’arriment,
Liés par des cordes, dis-tu, par Hasard jetées.
Le chemin est cours, restons comme deux vaisseaux.

mercredi, décembre 3

Alors je fus mort

Croquons l'existence et laissons couler le long de nos commissures le sucre amer de son jus et sa pulpe acidulée dans le fond de nos gorges déployées vers le ciel,
toujours gris.

dimanche, novembre 30

Mortelle ataraxie

Ce serait comme un son, un son qui se répète sans se répercuter nulle part que dans ma tête.
Ce serait un son qui, entrant dans mon esprit déserté rebondirait d'un hémisphère à l'autre encore et encore et encore
C'est un son qui me hante l'inlassable et obsédant chant mécanique d'un oiseau brisé, sa clé dans la boue et un petit garçon qui passait par là se moqua de lui avec la cruelle candeur de l'enfance.

C'est plusieurs mais un, ouvrant par l'existence unique et simple le chemin des possibles infinis et délicieusement faux.
C'est encore le monde qui s'installe paisiblement là où ma pensée n'est plus, chambres vides, chaudes encore d'une présence récente qui s'en est aller passer un moment là où rien ne peut la rejoindre.
C'est un corps qui pourtant vit, comme un cadavre flottant dans de longs couloirs de vie qu'il ne regarde plus, cela n'est pas pour lui, aujourd'hui.
C'est aussi une colline qui se perd dans la brume et l'herbe rouge et les pas de l'inconnu qui s'y engouffre comme pour s'y perdre à tout jamais. Mais l'inconnu m'est familier car c'est moi.
C'est une rade qui voit partir sur la crête des vagues, crevant l'abime de l'horizon, le vaisseau qui hier encore s'abritait pensivement en son sein. Mais déjà il n'est plus en vue, plus qu'un souvenir, et le souvenir s'efface peu à peu, délicates et discrètes effluves de ce qu'on oublie peu à peu.
C'est le vide vivant, la vie béante, l'existence sans but qui se satisfait par lassitude de sa morne respiration, mouvement dénaturé par son inlassable répétition.
C'est aussi le regard d'un homme transi par le fois, si proche de la mort quelques temps auparavant et qui voudrait rager de ne pas savoir apprécier la vie qu'il a encore alors qu'il s'absorbe dans l'hypnotisant mouvement du balancier d'une pendule, d'une flamme qui toujours vacille puis forcit, d'un arbre qui ploie sans rompre ou d'un enfant qui apprend à marcher, tombe et se relève sans que l'ennui le gagne.

C'est tant et pourtant ce n'est rien.

C'est la mortelle immensité bouillonante d'un vide calme et vivant.

samedi, novembre 29

Désespoir-du-peintre

Depuis que j’écris je sens Muses, Muses mourir,
Que sais-je qu’elles ne conviennent, serait-il alors
Possible que les notes inspirées viennent d’une lyre,
Je ne la connaitrais point, elle se voile, Ephore!

De la comète tu ris, et tu prends jeu de lui,
Malice! Le poète épuise, trésaille et puis, pleurs,
Joie. Ignoré, puits, mystère, immortelle nuit.
Ma bien-aimée couronne et retaille mon cœur.

D’apogée étouffant, l’irrésistible ennui,
Bientôt que tu partes, il faut que je le dise,
Votre place est aux cieux, suis l’Enfer des chemins,

Mes larmes s’épancheront comme une vie de chrétien,
Acharne ses remords à détruire sa guise.
Que le Christ n’en veuille maintenant tu es à lui.




Pandore

Si je le veux j’ouvre la boîte de Pandore
Celle qui tue mais toi! Adore!
Et ne laisse pas de dévisager,
Ornements précieux et boutons nacrés.

Dedans trouveras-tu amour mort
Ou simplement un nom: le tien
Qui te rappelles que Pandore
Comme toi n’a rien de plus humain.

Frustration

Incongrue qui tombe
Et qui jette sur l’épaule
Une poussière
Sifflante.
Un baiser? Certes pas
De quoi s’effaroucher
Demoiselle de bon cœur
Je donne un sens à ce qui est
Une caresse
Dit seulement
Que
Suicide is painless.

vendredi, novembre 28

bâton de cendre

bordures rosées d'allogènes lueurs
j'avale la fumée toxique
acre saveur en bouche
avez vous peur de vous éveiller un jour
carbonne dans l'organisme
poumons noirs de cendre
de paire avec l'écriture esquissée
estompée
la vérité décharnée dégourante pourrie
émerge des lieux brûlés
asphixies
des lieux d'ombre multiformes
des enchantements nocifs
d'être malmenée
émerge l'inspiration murmurée
écoutez.

Rails

Une heure pour tout reconsidérer. Personne allentour que le train qui déraille. Personne allentour pour me dicter comment être. Que pensiez-vous, vous, de l'amour, de ces choses là, avant de me connaître. Pas grand chose, aurait-il répondu. J'errais dans les lignes et les pages, recherchant le réel. Pas grand chose mais j'étais heureux ou quelque chose dans ce goût là. Dimanche gris d'automne laisse poindre les relans d'hiver. Dimanche gris comme on en voit de miraculeusement beaux dans les images filmés, les romans d'Aragon. Mais ici, rien de tel, tout n'est que lieux communs sombres. Même cette amertume qui me ronge le coeur en silence m'est bien connue. Je n'ai pas la force de l'abandonner. Même cette heure à tuer. Quand arriverais-je enfin chez moi? Quand laver les chaires pourries par l'attente?
Tu es méchante quoi qu'on en dise. Ce n'est pas que tu n'aimes pas, mais tu es égoïste avec ceux qui te sont familiers. Sans masque.

samedi, novembre 22

En quête du Bonheur

Ils sont tous là et ils sourient. On ne se soucie pas de rien, en aucun cas de ce à quoi on ressemble, à la rigueur on se demande pourquoi cette joie. Bien ou mal habillé, alcool ou pas, tabac ou pas, les retrouvailles sont la seule valeur sûre, celle-là pour laquelle on ferait tout, quitte à venir de l'autre côté de la mer. On danse beaucoup aussi, sur du rock n roll, et on s’amuse : éclairage tamisé, la maison vieillotte et branlante qui transporte chacun où l’ambiance est si douce… Comme un souvenir d’enfance, qui garde éternellement cette odeur délicieuse.

Ces nuits là laissent toujours un gout derrière elles, et je crois bien que c’est à ça que doit ressembler le voyage sur Terre : la bonne musique, la poussière qui se soulève, le parquet qui tremble, les vitres qui laissent échapper la chaleur des corps agités, un endroit sympathique et propice à tout ça, enfin et surtout les amis, ceux-là qui garnissent le bouquet, richesse de l’existence. Et si vous pouvez trouver un âme qui vous ressemble en cet endroit, ne la laissez jamais partir, jamais.

Au sortir du Tartare,

B est parti un jour d’automne,

Il a pris sa veste, encore, pour la dernière fois.

De l’autre coté de cette immensité salée,

Où il trouve refuge, bien obligé à affronter

Une nouvelle fin, un nouveau commencement.

Oui, mais lequel ? Une singulière odeur

Des sons, qui ressemblent à de la solitude,

Il veut la liberté en même temps.

Baliverne, ceci est éphémère, comme toujours

Il met derechef sa veste, encore

D’un ailleurs, il part à la recherche,

Oubliant qu’ici était l’Ailleurs.

Utilité du partir : imposer le Tartare ?

B&W Night

1919. Paris. Rue du Pont-Neuf. Nuit.

Je me retournais, folle de rage, prête à le frapper au visage. Cette histoire me retourne le cœur, son absence me rend malade, et il le sait. Il attrape ma main qui déjà fend l’air, et force son retour le long de mon corps. Je tremble de rage, encore, sous cette pluie battante, comme une expression de ma colère. Elle est froide, cette pluie, ma colère aussi : je ne crie pas, je ne pleure pas. Je suis déçue, c’est pire.

Là, de ses deux mains, il me tire vers lui par la ceinture de mon trench beige, miroir du sien, et m’embrasse avec une fougue qui aurait pu ressembler à de la violence. J’ai rassemblé toutes mes forces pour le repousser, et je parviens même à l’envoyer hors de l’ombre du porche sous lequel nous nous sommes abrités le temps de l’averse, même si ma vie prend forme depuis peu à quelques rues de là. Mais il revient alors, un air perdu affiché sur le visage, avec tant de pudeur que j’en suis touchée. Ma fierté cède. Je m’élance vers lui, attrape le col de son long pardessus, et colle mes lèvres aux siennes, avec la même vigueur qu’il avait montrée un instant plus tôt.

La minute suivante, il saisit mon bras, et nous voilà parti gaiement pour mon petit appartement… sous la pluie, toujours battante et la nuit toujours rassurante, témoin de nos ébats…

Scène

La scène ne disparaitra pas.

Et si l’expérience devrait conforter,

Il reste ces regards qu’on sait, là bas

Par lesquels votre sang est glacé.

Il faut souffler, se concentrer, dit-on.

La perspective d’être un autre ici

Ne tue pas l’action, et suscite parfois l’excitation.

Elle paralyse, mais appelle la douce tension aussi.

Se laisser emporter par cet ouragan

D’impressions, d’idées, renversées, toutes ?

Quoi de plus agréable en réalité ?

Ou bien se cantonner, se laisser

Dominer par les craintes, les doutes ?

Faire de La scène, ennemi, ami ou amant?

Le théâtre de l’âme solitaire – à S.D

Tu es perdu ? Voici le Chemin :

Vois-le, je te l’offre en bonne grâce.

Je sais bien que rien ne t’assures que cette

Route soit la bonne, mais que dire ? Faut-il

Essayer ? Certes, certes. Je le concède,

Rien n’est plus compliqué que cela,

Faire confiance à quelqu’un, laisser tomber

Son masque, ses leurs, ses frasques, ses peurs.

Partir, parfois, pour renouveler cet Air.

Mais les choses sont ainsi, Gamin,

Sur ton visage, tes blessures dont tu portes les traces.

Ton teint pâle, ta chute que rien n’arrête,

Ta voix dure, ton corps et ton rire fragile

Et je voudrais bien être ton intermède,

Car nous avons tous nos petits aléas,

Et on n’écoute jamais l’autre parler.

Mais tu dois combattre ta torpeur

Et quitter le théâtre de ton âme solitaire.

dimanche, novembre 16

Incertitudes de ma servitude

Mes ailes se heurtent à des barreaux d'acier, trempés des pleurs de ceux qui échouent sans avoir tenter.
Qu'adviendrait-il de ceux qui toujours suivirent si un jour je passais outre ?
Qu'adviendra-t-il de ceux qui toujours suivirent si un jour je trépasse. En outre
je crois que jamais le passage ne s'ouvrira vers les blancs infinis du mouvement libre.

Tout porte à croire que mes cris crachés à la face du monde ne sont que murmures à l'oreille de l'homme sourd et aveugle qui guide.

Me débattre pour me complaire dans l'expression de ma folie - n'est elle qu'une illusion ? - et courir seul dans les rues de nos vies, tachant de croire qu'un jour peut-être la rue finira et que devant ma vue s'étendra, à sa perte, les horizons dorés de trajectoires diverses qui toutes suivraient les directives de mon esprit quant à leur perspective.

Mon coeur tend à celles-ci, aussi je cours

en rond.

S'arrèter un jour et s'assoir pour contempler le temps perdu ?

Ou bien l'éternité n'est-elle pas de trop pour le repos d'un long combat pour vivre libre.

Je ne sais mais je cours ;  en cela mon esprit s'active et se prépare à ce qu'il ignore, ténébreuses interstices d'un avenir sans nom et sans visage.

jeudi, novembre 13

Détail d'une démarche initiatique

Le jeu a pris ainsi. Autour d'une conversation modeste à chacun d'entre eux, j'ai insinué à l'esprit, révélé, ce qu'ils méditaient depuis un temps. Rien d'autre qu'un projet uni autour d'une passion, de la passion même. Grâce aux parcours, aux idées, aux initiatives, aux talents qu'ils ont développé, les intéresser fut facile, et donc sans commune mesure avec l'investissement qu'ils offrent chacun aujourd'hui.
Un sonnet irrationnel est dans les mœurs, clairement d'actualité. Quoi de plus vrai qu'un monde qui perd pied? Et trois, puis un, puis quatre, encore un et enfin cinq. En tous quatorze fois l'occasion de s'exprimer. Rythme intéressant et fou. Infini.
La déraison est à l'ordre du jour, et l'art ne se contente plus de saccager les principes. Il en établit de neufs. Et la hargne, la coercition du système de notre temps, ont enrayé la machine humaine dans l'art, qui ne faiblit pourtant pas. Plus diffus, il s'imprègne dans nos têtes et forme Hypnos. L'envie de poser sa pierre à cet édifice, de dire, d'évoquer, de rêver et de croire, la Faction le fera. La première étape est franchie. Le premier travail bouclé.
La valise se ferme et le train repart, le prochain arrêt est toujours plus,
Puissant.
Révélateur
Engagé.

Z.M.

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Vois-tu la jungle aux troncs d'acier,
ses murailles aux reflets bleutés,
en son cœur un homme et ses rêves ?

Solitude du promeneur.

Vois-tu que sur les toits se lève
par la nuit encore voilée
un astre d'or alors qu'est né
le jour ? La nuit elle s'achève.

Solitude du promeneur.

Il rentre comblé, de bonne heure
cet homme car il l'a étreinte,
seul, une nuit, sans les valeurs
qui dictent sa vie sans saveur,
la vie d'un homme sans ses craintes.

P.

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Masque 

Dans cette peau de nouveau il se glisse,
Comme chaque matin depuis longtemps,
il ne pense plus et dans le rang il se hisse.

Il revêt lentement son masque, encore.

Il sait qu’il perd la force de lutter,
Et si ce costume lui va si bien,
Il a su dompter son âme butté,
Ce visage arboré, il a pu le faire sien.

Il revêt lentement son masque, encore.

Le soir, seul enfin, la poudre s’estompe,
L’identité rangée se plie : habit 
Du dimanche. Attend que tout se rompe,
Laisse s’échapper ton souffle, ton esprit,
Sinon meurt doucement dans ton piège étouffant.

S.

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Les mômes de mon temps
n'avaient pas leur mot à dire
balancée aux quatre vents
 
leur parole est un empire.
 
Les volets de leur chambre
de baromètres en planisphères
bercent l'eau, ombre d'ambre,
fluide d'un autre monde ouvert
 
où leur parole est un empire.

Mais j'exècre les grincements
les personnages et leurs rires
blêmes. Les murmures blancs
n'ont pas même espoir d'avenir
ni l'absolution des croyants.

A.

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Iago

Comme un simple pincement de cœur  que l'on froisse.
Comme l'idée qui bouleverse, quoique l'on fasse.
Minuscule mais vexée, contre Vous irascible,

Iago est ici. Enfin. Jamais n'est partie.

Saisit, stupéfiante, ton instant près d'être heureux;
T'abats, francisque cataphorique, qui coasse,
Jouissant de toi inquiet, agissant sur la masse.
Les prend tous adorants, les relâche miséreux 

Iago est ici. Enfin. Jamais n'est partie.
 
Femelle vindicative de leur bonheur naissant,
Ce jeu n'est pas le Votre, Vous êtes la victime;
Humide par les pleurs, rougie par votre sang.
Perdue la contenance de cette belle vie d'avant,   
Autrefois un sourire, ce soir: Iago décime.

Z.M.

mardi, novembre 11

(Stryges). Cœur violé.

Odeur de ton sang. Brouille mes sens. M’assaille.
A ta gorge je serre mes mains fermes. Une fois,
Pour toutes je te tue, à mon tour,
De défigurer ta vie torsion de l’immondice puante
Que tu es que vous êtes, que je saigne. La haine consume mes yeux
Mais consume votre vie.
Tentative patentée d’un flux de terreur,
Vous craignez, je fends, vous fuyez.
Reviendrez un autre jour plus nombreuses.
Vengeresses de vos sœurs, harpies de mon cœur. Suez mon émoi, mon calme,
Pression du vice sur mes tempes. Je me battrai.
Pour l’honneur du combat.
Au temple de la paix vous fûtes si nombreuses. Menteuses,
Hyènes qui déchiquetez les restes de mes rêves, laissez m’en une part,
Pour me souvenir qu’un jour
Existât l’espoir.

Retour de kick

De la sueur. Qui coule. Du sang, beaucoup de sang dans les airs, au dessus de nos têtes à tous. Nous nous couchons, nous essayons de ne pas nous faire attraper par les assaillants qui foncent maintenant droit sur nous. Marie est blessée, elle a été touché par un dard à l’épaule. J’accours pour la sauver mais je suis traîné en arrière par une dizaine de bras robustes. On me chuchote « il est trop tard ». Je me précipite au devant de son petit corps mort , tout froid, tout frêle. Je pleure abondamment. Je n’ai pas su la protéger. Je dois la venger. Une haine odieuse me saute dans les tempes. Ils mourront.
Je descend au village et je hurle apporter la nouvelle de sa mort au maire. Je réclame le sang de la vengeance. Il me le donne. Je pars avec une dizaine d’hommes au village ennemi. Ils sont tous féroces et très en colère. Tous veulent défendre la mémoire de Marie. Nous arrivons au village et les soldats sont pris de court. Nous les abattons par demi-douzaine. Mon épée fend les airs. Une oreille, un bras, une tête. Je déchire toutes les âmes qui passent au bout de mon immense lame. Il y a beaucoup de sang et de pleurs, mais je suis aveugle de douleur et de haine. Je frappe, sans plus m’arrêter. Au milieu de tout ce carnage, ce sang qui gicle, ces râles de mourants, il y a une fleur. Une toute petite fleur, une enfant qui me regarde avec douceur, sans crainte. C’est un ange. Pendant quelques secondes je suis figé, je la regarde, elle si calme, si discrète, si frêle. Mais un instant plus tard, mon visage se tord, la colère et le goût de la mort jaillissent dans mon âme noircie par tant de souffrances. Mon pommeau chauffe dans ma main moite. Mes doigts se serrent et mon bras lourd se soulève. Mes muscles se tendent, et latéralement, pour la dernière fois du soir, je tue. Et ce soir, c’est l’enfant qui part, loin et sans ailes, par le chemin glacé qui conduit à l’au-delà que les dieux et les prêtres ont promis. Elle marchera dans le froid. Allez cours petite, tu pourras peut-être rattraper Marie. A vous deux, vous vous tiendrez plus chaud.

Gnose

Seule la réalité peut mourir. Les rêves demeurent immortels, immatérialisables. Les gris hétérogènes déambulent en deça des couleurs.

Magnificence des lueurs.

Poètes, fustigent la morale, qui meurt, les terrestres surrabondent, balbutient d'autres prières. Tant de vides inachevés. Tant de fenètres qui baignent de ténèbres.

Magnificence des lueurs.

L'éloge des pauvres les tendances vers et autres espoirs, autres babioles bien naïves -oubliés. Tu n'existes pas. Ta plus grande chance est de ne pas mourir. La fiction reste en suspent. Mais nous, sentons le poids du monde et de la haine, la pesanteur toujours plus féconde et les efforts renouvellés pour vivre moins vainement. Magnificence des bruits, des chaos festifs, des étincelles qui sont l'ardeur de vivre, de vaincre la facilité d'une commode croyance. Magnificence des lueurs sombres virulentes, des jours et de la nuit éternelle. Nous savourons ensemble les shèmes de la psychée, nous les glorifions, au risque d'oublier la douleur d'être là. La vie, en elle, s'efface. La vie seule est mortelle.

Elle ne nous suffit pas, nous qui dévorons le cosmos jusqu'à l'évanouissement.

Modèle

Tu le détestes, tu l’admires à la fois,
Tu lui ressembles et tu méprises cette partie de toi,
Tu voudrais lui dire qu’il pense mal
Tu l’attaques, tu en as fait ton rival
Et que sa répartie toujours tranchante
Te renverras éternellement au bas de la pente.
Ami, ennemi, tu ne sauras jamais
Tu es perdu devant ce qu’il fait,
Et ses paroles, voulant les faire tiennes, tu les bois
Pour briller, même si ce discours ne serait pas toi.
Toute construction de toi est impossible,
Et chacune de tes pensées est irréductible
Au rejet ou à l’acceptation
Des fantasmes de ton admiration.

Innocence de l'enfance

Elle court, la petite, ses minuscules pieds nus

Dans l’herbe mouillée de la rosée matinale encore.

Laissant ses mains flotter dans l’air, sans retenue,

Entre les blés elle s’évade et rêve de trésors.

L’esprit vagabond, la petite, les yeux fermés

Pas le moindre bruit, sinon celui là qu’elle connait

La couleur des colzas, dans ses boucles abritée

Et la douceur de l’endroit, où toujours elle renait.

Lourde, triste campagne, esseulée quand elle va,

Car elle grandira, la toute petite, et elle suivra la troupe,

Sans un semblant de regard en arrière sur la route.

Mais au fond d’elle toujours elle gardera,

Le souvenir sublime des champs au lever du jour

Le sentiment intime, d’un nécessaire retour.

Pluie sur Paris

Ouvrant ma fenètre que vois-je ?
La pluie ici, la pluie là,
la pluie saturant ma vue,
jusqu'à chaque coin de rue.
Disparaissant sous un pont,
revient plus drue et fusion
avec l'eau qui coule,
depuis toujours sous ce même pont.

Pluie là-bas,
pluie ici.
Pluie toujours là,
pluie qu'on oublie,

Pluie grise ou arc-en-ciel,
coulant de ce même ciel.
Parfois pluie de désastres,
parfois pleurs des astres.
Pour d'autres, don des dieux,
présent tombant des cieux.

Pluie d'inspiration,
pluie de passions.
Eau de vie, miel de la terre,
parfois frappe par l'éclair.
Pluie sur les toits gris,
pluie de ma vie,
toujours en moi j'aimerai.
Toujours lave le monde
de tous les reproches,
dont je l'accable
constament.

Pluie sur Paris.

Menace

La vie courante et le ciel pur le ciel des déluges. Une serrure de l'autre coté de ce mur blanc ouvre l'espace d'un monde de nécessité que nul n'approche. Vanité de chercher le mot juste là ou il n'y a qu'absence. Soudain, inatendue, les larmes de nulle part d'un ciel de brume violemment se jettent contre la transparence du verre.
Calme plat et mysticisme apparent. Seule dans une chambre au 6ème étage lumières tamisées, fumées en volutes, mystères occultes. Recherche d'abbandon. La dictature du "on" fera de toi des milliers de pixels.

Erigeons, frères, des tour de Babel pour la connaissance, l'art, les cigarettes, les lampadaires, l'immatériel, l'artificiel. Erigeons une vie qui soit bien à nous hors de relans d'égoïsme.

Car nous pouvons si vite oublier et nous taire.

Le veilleur

Passent les chiens et les corbeaux
sur les nuées d'épouvantails.
Le changeur passera bientôt
suivant ces dévoreurs d'entrailles.

Mais l'un d'eux s'en est délivré
pour se mettre ensuite au devoir
afin de mieux les contempler
d'à jamais à côté s'asseoir.

Il est parti sur les chemins
pour chercher, lors d'un long voyage,
le sens de sa vie, son destin.
Il échoua mais devint sage.

Ainsi cet homme seul mais fort
de ses périples et des biens
de son esprit jura alors
de toujours veiller sur les siens.

Famine à quatre.

Le voleur de feu, cent ans d'âge fulmine dans ses appartements
Une femme est venue, toquer à la porte, une femme aux mains rougies par le froid de novembre. Quelque bibelot qu'elle ose frôler se transforme en lumière aveuglante.
Dans une chambre moite, innondée de lueur chaude, mandarines allumées, ils volent au néant des images portées sur trois écrans vivants. Il faut multiplier les clichés pour mettre le monde miniature en mouvement. univers cinématographique dans lequel à notre tour nous devenons images pixellisées qu'un oeil inconnu observe et perce à jour. L'impression persistante que nous appartenons enfin au monde. Que les sociétés ne sont pas des concepts vides mais des espaces ou enfin nous pouvons déployer nos songes et tendre le fil d'une existence fragile.

l'Angoisse et les Palabres sont une foi qui vaut tous les monothéismes.

Esquisse de Parole

Rêvons en langues inconnues
de creux morcellés de rumeurs

Les passeurs de nuit demandèrent si l'enfant avait une bicyclette rouillée
une étreinte à partager
et des lumières clignottantes
Ils lui demandèrent si le jour de sa naissance avait été immortalisé.
Mais nul souvenir se subsiste.
Les rives restèrent innaccessibles.

lundi, novembre 10

Manifeste tronqué

Poste observatoire

Hybrides, par temps maussade trainons nos bottes.
Yeux suants le stupre, berçant nos ivresses
Pantins grimés pour autre soir d’orage,
Nos allures de jeunesse veillent
On aimerait y voir quelque
Sainteté. Mais les
Ouragans d’oubli
Nous brisent l’échine et
Par les nuits nous errons immobiles
Yoles trouées, coques à vendre, à violer
Héros d’un autre hiver, dans les longs rayons vides.

Lui

Il est là. Toujours.
Oui, il est là, il parle, il bouge. Il rit aussi.
Son corps se balance, comme la mélodie d’une guitare espagnole, bien rythmée et saccadée.
Il appelle la compagnie, la mienne je crois, et il me souffle dans l’oreille
Un mot doux, deux, trois, quatre… comme la guitare, toujours.
Et puis tout s’accélère.
Il, c’est ce mec, là, celui qui se dandine et se trémousse : are you gonna be my girl ?
Lui, encore lui, toujours lui.
Un petit air d’éléctro, un instant de futilité, une scène sous la pluie.
Lui.

dimanche, novembre 9

Crazeology


Héler le langage, promener vos pensées.

Y confronter l’idée que chacun est perdu.

Perdition artisane, improbables amours,

Nonchalante faction riant du contenu.

Osons déclasser pour ainsi qu’à leur tour,

Soumettent ce monde les Jeunesses suicidées.

Un courant, une vague.

Haute est la vague qui approche à vive allure.
Y trouvera-t-on les réponses à nos questions ?
Pourra-t-elle instruire nos âmes sans repères,
Nous sortir enfin des sordides illusions
Où notre vie nous place si tôt qu'on y perd
Soit notre liberté, soit notre vraie nature.

samedi, novembre 8

Introduction à Hypnos (version alternative)

Alors que nous entrecroisons des fils d'existence avec la ficelle raide de nos épopées, nous interrogeons l'homme :
Adam, mon frère, de quel amour blessé
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissé !
Et le monde.

Alors que certains empoisonnent de leurs vies simples les hommes, nous lançons dans l'abime de l'imprévisible avenir un fil.

D'Arianne ?