lundi, avril 6

Essai de style 1


" Lear parcourt la lande sous l'orage, en compagnie de deux fous, le vrai et le faux."

Écrivez la suite.

Lear parcourt la lande sous l'orage, en compagnie de deux fous, le vrai et le faux. La pluie mouille leurs lèvres, ruisselle sur leurs joues bleues de froid. Aux paroles ils ne substituent que le bruit de leurs pas dans la boue. L'un dit qu'il sera roi, un jour, plus tard, quand il sera grand. L'autre n'écoute ni l'éclatement sourd de la nébuleuse, above, et répète "la vie est un songe", yeux liquides, poings fermés - les stigmates dans ses paumes sont quatre demi-cercles. La lande est noire et rougeoyante et argentée : chacun voit ce qu'il veut bien voir. Les couleurs se décomposent. Ils marchent, l'un derrière l'autre. Un mauvais triumvirat que celui qui avance tête baissée dans les chimères. Ils arpentent la lande, fécondant la terre de leurs gémissements. Une alchimie valse dans l'air : Lear se tait. Lear fixe devant lui le point qui toujours s'éloigne. Lear avance, sans retour. Ne le voit-on pas, courbé, , comme agrippé par une ombre au devant de lui. N'avance t il pas, les mains tendues

Ne le voit-on pas, courbé, le cou raidit, courbaturé, comme agrippé par une ombre au devant de lui? N'avance t il pas, les mains tendues, dans ce noir immense où il marche seul, égaré? Lear se tait. Son angoisse redouble : salvifique et mantique ses prières se perdent dans la matérialité de son corps qui résonne de rage. Il appelle les dieux des profondeurs et des systèmes solaires. Un œil qui les observerait tous trois de loin verrait qu'ils n'avancent pas. Qu'il y a un homme et deux ombres, et le vent qui glisse sur sa pelisse, le vent qui hurle, mais eux, en vérité restent immobiles. Les fous rient de l'Illusion, aux éclats : celui qui croit aux arrières-mondes et l'hypocrite, qui n'y croit pas.
Il marchera, sans avancer, connaissant un peu plus la terre de visages blancs reflétés dans les flaques qui se changent en fleuves.
Il y a quelque chose
de flétrit
au royaume du Danemark.

Par A.





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