
"Lear parcourt la lande sous l'orage, en compagnie de deux fous, le vrai et le faux."
Ecrivez la suite.
Lear parcourt la lande sous l’orage, accompagné de deux fous, le vrai et le faux.
Dans un effroi glacial, je réalise que peut-être je n’en sortirai pas vivant. Derrière moi, une voix enjouée, à la con, s’exclame: « Dis donc, mon vieux, on en ferait pousser par ici hein? », l’autre ajoute qu’il ne voit pas l’intérêt et que le sol est trop humide. Je les fais taire et retourne à mes pensées. Longtemps que je l’ai pas entendu, le fou, dire une remarque sensée. Il semble qu’il tienne la mesure depuis notre arrivée sur cette terre étrange. Autour de nous, tout est vide. Et plat. Sans relief, sans goût ni passion. Juste un rail, un rail de train qu’on suit à pied depuis deux heures maintenant que la vieille deuche nous a lâchés. Je farfouille dans ma poche et palpe le froid métal du Ruger P-39 dans la poche de mon imperméable. Lui ne me fera pas faux bond, ça, c’est sur au moins. Il reste trois balles, je les ai gardé pour au cas où on sortirait pas d’ici. Je vais au bout.
Le soir, la pluie s’estompe et le calme revient dans mon crâne. Les deux fous sont silencieux et respectent ma sérénité de vieux flic. Il n’y a plus qu’à attendre. Dans la nuit, une sensation étrange me réveille. Au loin, qui se rapproche, une lumière. Une voiture? Non plus gros, quelque chose comme un routier. Quelques instants après me parvient le bruit du moteur. Oubliant les deux fous, je trottine jusqu’à un faible renfoncement et me dissimule derrière un buisson. « Merde, le feu de camp! ». Le camion s’arrête à seulement une dizaine de mètres de sa cachette. Deux hommes descendent, des Albanais, à la façon dont ils parlent. Bousculant du bout du pied une bûche calcinée, le plus grand des deux s’assoit à même le sol et allume un cigare. L’autre glisse sa main dans la cabine par la fenêtre et attrape un sac militaire. Il glousse doucement et étale sur le sol des câbles, une boite en bois, du plastic et toute une mécanique destinée au détonateur. Il se dirige vers le rail et commence son affaire. L’autre le rejoint. C’est le moment, je m’en vais me les faire, ces salopards.
« Fais gaffe à toi, murmure le faux fou, ils ont surement armés. »
Il est encore là, lui? On dirait que les deux gars ne l’ont pas vu.
« Fonce, fonce, descends les. Ils le méritent. Ils sont impurs. Ces gars doivent aller mettre la merde en rayon en enfer. » rajoute l’autre. Il éclate d’un rire strident, saccadé, tranchant, du genre de rire qui fait sauter le crâne.
Je fais tomber mon imperméable, attrape le flingue et me redresse doucement. Il y a des mecs discrets, des silencieux et des propres. Moi, c’est pas mon truc. Je fais dans le sonore et le dégueulasse. Je ramasse la barre à mine trouvée plus tôt et coupe ma respiration. Se doutent de rien les cons. Le fou se marre. J’en dézingue un, un grand coup dans l’oreille qui l’étale sur le gravier. L’autre, stupéfait de trouver un condé dans cet enfer de rien, n’a pas le temps de saisir sa lame. Je lui colle deux balles dans la gueule. Je retourne vers l’autre et l’achève d’une bastos dans le bide.
C’est fini, les fous se taisent, maintenant. Ils montent dans la cabine et me regardent contourner le zinc. A l’arrière, pas grand-chose, du béton, deux ou trois barres d’acier et une bâche informe au fond.
C’est fini. Ils étaient trois et j’avais trois balles. Seulement, j’en avais plus pour le dernier. Il m’a éclaté la poitrine, je gis contre la roue du carrosse. Le mec me hurle dessus dans cette langue que je ne comprends pas. Les fous se marrent une dernière fois.
On était trois. Eux aussi.
Par Z.M.
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