Ce serait un son qui, entrant dans mon esprit déserté rebondirait d'un hémisphère à l'autre encore et encore et encore
C'est un son qui me hante l'inlassable et obsédant chant mécanique d'un oiseau brisé, sa clé dans la boue et un petit garçon qui passait par là se moqua de lui avec la cruelle candeur de l'enfance.
C'est plusieurs mais un, ouvrant par l'existence unique et simple le chemin des possibles infinis et délicieusement faux.
C'est encore le monde qui s'installe paisiblement là où ma pensée n'est plus, chambres vides, chaudes encore d'une présence récente qui s'en est aller passer un moment là où rien ne peut la rejoindre.
C'est un corps qui pourtant vit, comme un cadavre flottant dans de longs couloirs de vie qu'il ne regarde plus, cela n'est pas pour lui, aujourd'hui.
C'est aussi une colline qui se perd dans la brume et l'herbe rouge et les pas de l'inconnu qui s'y engouffre comme pour s'y perdre à tout jamais. Mais l'inconnu m'est familier car c'est moi.
C'est une rade qui voit partir sur la crête des vagues, crevant l'abime de l'horizon, le vaisseau qui hier encore s'abritait pensivement en son sein. Mais déjà il n'est plus en vue, plus qu'un souvenir, et le souvenir s'efface peu à peu, délicates et discrètes effluves de ce qu'on oublie peu à peu.
C'est le vide vivant, la vie béante, l'existence sans but qui se satisfait par lassitude de sa morne respiration, mouvement dénaturé par son inlassable répétition.
C'est aussi le regard d'un homme transi par le fois, si proche de la mort quelques temps auparavant et qui voudrait rager de ne pas savoir apprécier la vie qu'il a encore alors qu'il s'absorbe dans l'hypnotisant mouvement du balancier d'une pendule, d'une flamme qui toujours vacille puis forcit, d'un arbre qui ploie sans rompre ou d'un enfant qui apprend à marcher, tombe et se relève sans que l'ennui le gagne.
C'est tant et pourtant ce n'est rien.
C'est la mortelle immensité bouillonante d'un vide calme et vivant.
J'aime beaucoup la dernière phrase. C'est agréable à lire, avant d'aller s'en remettre à Morphée.
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